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Peep-Show
Un solo de Vanda Benes
d'après Peep-Show (roman en vers) de Christian Prigent

Musique : Paul Gasnier
Collaboratrices artistiques : Graziella Jouan et Laurence Millet
Photographies : Stéphane Jouan
Production : La belle Inutile, La Passerelle, scène nationale de Saint-Brieuc

Peep-Show tourne dans ses différentes versions depuis mars 2009.

Composé d’un « Prologue », d’une série de « Bidons » - les femmes assassinées, « embidonnées » par Monsieur Beaubaisers – et d’un « Épilogue », la version scénique interprétée par Vanda Benes est aussi rythmée par de la musique et accompagnée par la voix de l’auteur qui s’immiscent dans ce solo.

Chaque performance est différente de la précédente : Vanda Benes choisit dans le livre quels « bidons » elle va interpréter en fonction du lieu qui l’accueille. En conséquence, la durée varie à la demande : entre vingt-cinq minutes et une heure.  Cette liberté lui permet de donner ce « Peep-Show » dans des programmations extrêmement diversifiées : théâtres publiques, cadre associatif, instituts français à l’étranger, colloques, soirées privées, festivals de performance… 

 

 

Dossier complet à télécharger sur ce lien.

 

Argument : Monsieur Beaubaiser (alias Bela Kiss, le Landru hongrois) essaie des rapports. Ça rate. Il tue les dames et conserve les corps dans des bidons d’alcool.
Sujet : “encyclopédie en farce” des situations et postures.
Style : silhouettage elliptique, brèves scansions, “refrains idiots, rythmes naïfs”.
Décor : toiles peintes, irréalité obscène du peep-show. Défilé des figurines sans épaisseur, comme les têtes en bois sur lesquelles, dans les fêtes foraines, on tire.

Christian Prigent



Note d'intention par Vanda Benes

Peep-Show (roman en vers) est un livre« spectaculaire ».

Il propose une galerie de portraits, une série de situations et donne l'occasion à l'actrice de suggérer des figures qui ne sont pas montrées mais formées par un texte qui exhibe le travail de la langue. Une langue excessive, grotesque, qui subit « quelques sévices, cruautés, torsions et torturations » et devient le point de départ du jeu, construit sur le triple rythme du vers, de la syntaxe et de la signification.


Tout en restant fidèle à la structure originale du livre, le spectacle se propose d'en accentuer le côté collage, d'en marquer la discontinuité par des ruptures entre la parole et le silence, le mouvement et l'immobilité, les plans visuels (travail de l'espace par la lumière, jeu de transparence, de profondeur de champs) et sonores (utilisation de sons, bruits, traitement de la voix passant par des microphones...) : utiliser les moyens poétiques et techniques de la scène pour offrir cette œuvre au théâtre.

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sur  Peep-Show  version Vanda Benes
par Christian Prigent 


On peut attendre (mais il faut bien dire qu’on attend souvent en vain) qu’une « adaptation théâtrale » expose, avec ses moyens propres, le travail d’un texte (ce qui fait qu’il agit).

Pour cela, il lui faut d’abord éviter l’accumulation sur scène d’accessoires qui fixent l'interprétation et assignent la polysémie de l’écrit à des épisodes optiques (un « décor » et des « événements »). Autrement dit : elle ne doit pas s’évertuer à fixer du sens (à raconter une histoire, à camper des figures, à exprimer des affects) mais laisser se développer une forme ouverte.

C’est ce qu’a compris Vanda Benes et que met en œuvre son travail sur Peep-Show. Quelques postures (discrètement sophistiquées, héraldiques plus que figuratives), quelques gestes (retenus et ambivalents — jamais expressionnistes), un minimum de déplacements (qui ne font pas action dramatique mais balisage d’espace). Et une voix qui découpe au scalpel la prosodie tantôt chaloupée, tantôt hoquetée du texte.

Ce qui est surligné par ce dispositif, ce n’est pas ce que le texte raconte, décrit ou pense — mais le graphique des rebonds sonores, des effets métriques d’accélération ou de ralenti, des découpes syntaxiques et des leitmotive fugués. C’est-à-dire un phrasé cinématique qui passe dans le réseau des significations intelligibles pour y activer des figures vocales à la fois précises et indécises.

C’est ce phrasé qui fait sens : il porte avec lui le souvenir d’une démesure sensuelle qui excède la mesure rationnelle de l’écrit. La comédienne joue cela, rien d’autre. Elle joue donc l’essentiel. Elle dessine vocalement des effets sensoriels formés, c’est-à-dire irréductibles à un défilé de significations fixées en caractères, en émotions et en situations. Ainsi elle laisse l’écoute ouverte et indécidable l’interprétation des tensions contradictoires qui animent le texte et construisent son volume : comique et angoisse, violence et concertation rhétorique, trivialité et sophistication, intertexte érudit et babil enfantin, etc.